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Poème de Francine Caron, illustration de Shirley Carcassonne

Couverture
Echeveau, chevelure, vague, les dessins de Shirley Carcassonne posent d'emblée deux postulats aux sonorités semblables, l'inextricable et l'inexplicable. Ainsi dans ce recueil érotique les amants apparaissent-ils, disparaissent-ils... Et la chevelure, "ce plus subtil appareil à caresses que la femme porte sur elle avec tout l'air de l'ignorer", comme l'écrivait Aragon, que nous dévoile-t-elle de l'écriture et de la ferveur poétique de Francine Caron ? Ce qui participe d'une nudité secrète où la femme, secouant son opulente crinière, est vestale d'elle-même dans l'écheveau-mémoire et dans l'écheveau-désir. Et son "corps est une petite niche", il semble, en effet, s'en extraire - un verbe récurrent - comme d'un magma par un travail de force, de froge, de feu, de fontaine, le corpsz ainsi, il semble aller à la liberté.

Les dessins ne cessent de suivre ce travail lent, brutal parfois, et le geste d'encre fait torsion jusqu'à la substantifique forme : une main, nue, plus que nue, maigre, effilée, tension extrême du corps et du corps amoureux. Il y a un lien saisissant, ici entre l'érotisme et la mort. Si la sexualité amène une révélation, elle est de l'ordre d'une sorcellerie - la citation liminaire empruntée à Arthur Rimbaud le laissait pressentir - d'une inquiétude voire d'une trangression qui toujours ramène l'amour à la mort, renouant ainsi avec les grands mythes de l'éternel retour tel celui de Tristan et Iseult et leur breuvage magique.

Francine Caron fait exister cette ambivalence d'amour et de mort en dotant ses mots d'une double potentialité. Je songe à ci(e)ls. Le mot passe de l'intime au dévoilé non sans arrachement, non sans violence. Il est détachement, légèreté - "Tu chancelles sur sol léger" - comme il demeure ancrage, viol du souvenir - "comment ne pas marcher / entre leurs dents ?" - voyeurisme, tumescence. Le corps devient celui de l'écorché, de l'essentielle nudité en quelque sorte. Et si aimer, c'était "[entonner] ce plat plat de viscères ", Francine Caron, alors, entonnerait le chant haleté où les mots parfois sebrisent, traits, slaches, parenthèses, voyelles et soufles, "gouffres de labiales", "han le vent / eh la terre / hue l'ultime des eaux"...

Chantal Danjou

Deirdre (béké / des douleurs)

1
Tu m'attends
Beau messie de lune noire
Toi qui semas
qui suça
le Sacré
Homme
de vive épure
Homme de coeur
à la reine de trèfle
Homme de rapt
Homme qui
m'as rivée
sur tes reins
et Levée
Toi : Pierre magnifique
Moi : ta pierre-Matrice

2
Nous étions dans le jeu d'épousailles
nous Becquée de baisers
nous orgasme de terres
nous Cercle de soleils

Nous corbeaux
de nos Ossements

3
Je vais à reculons
vers ta fosse
me coucher t'accoucher
dalle de deuil où s'accomplit la faulx

Toi caressé
dans la métamorphose de la Face
et maintenant à ton chaos
à ce descellement

Tu coules abominable
Rut d'apparences / Foetus inverse

4
OR tu rejailliras
jeune fontaine à mon iris à TON ISIS
Bouche à ses ailes
Joie de ses astres
Amplitude Sagesse

Tu reviendras pour ta fille ta femme
ta courtisane ta terre-mère
ta tourterelle ton aïeule
ta dé(tr)esse


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